(From Supercoin, French music magazine, September 2003.)

 

Killing Joke à L'Elysee Montmarte

 

 

Lundi 29 septembre 2003. 23h45.

Je rentre chez moi et j’allume le PC, machinalement. Tiens, je n’entends pas le ventilo, mais que se passe t-il ? Ah oui c’est vrai, j’ai perdu 10 db à chaque oreille, je sors à peine du concert qui pourrait bien être mon concert de l’année, ou au moins dans le top 10, ben oui, il y en a eu un paquet cette année… --- J’arrive à 20h10 à la salle et apparemment la première partie est finie depuis un petit moment. A l’heure où j’écris ces lignes, je ne sais toujours pas qui c’était. La sono débite Californication, pas le titre mais l’album en entier, dans un Elysée Montmartre rempli aux trois quarts, ou un peu plus, ce qui est déjà pas mal. Les lumières baissent, le disque s’arrête et c’est un autre qui démarre, mais plus fort cette fois-ci. Bon là j’avoue je n’ai rien compris, c’était un espèce d’AC-DC en plus lent et le disque sautait, c’était horrible, et les gens commençaient à siffler. Ce n’est pas grave, les 5 membres de KILLING JOKE débarquent sur scène et ça met tout le monde d’accord. Un sixième membre fait même son apparition, et attention il a apporté son violon ! C’est vrai qu’en 25 ans de carrière, les Joker qui tuent sont passés par des styles divers et variés (enfin pas si variés que ça non plus) et quelques expérimentations dansantes et mélodiques, mais pas trop, juste ce qu’il faut. Je suis à ce concert pour plusieurs raisons, mais surtout parce qu’ils ont sorti quelques mois plus tôt l’Album avec un grand A. Le genre d’album que j’achète après avoir entendu le début du premier morceau, et que j’écoute encore 6 mois après sans être lassé. Bref cet album éponyme est une tuerie, c’est du heavy heavy, du punk doom, du metal tout simplement, mais au-delà des étiquettes, ça remet en place des dizaines de groupes qui découvrent qui est leur maître. Jaz Coleman arrive habillé en ce qui pourrait être « la mort ». Il ne lui manque plus que la faux et la panoplie est là. Au bout de quelques secondes, il enlève la capuche et on découvre un visage maquillé en noir, vert et rouge, situé à mi chemin entre Alice Cooper et Iggy Pop. Bref ça fait peur et quand on sait que le bonhomme est passionné depuis son enfance par l’occulte, qu’il a passé plusieurs années en Islande pour attendre l’apocalypse, et ben ça fait tout drôle quand il ouvre ces grands yeux (je ne l’ai pas vu les fermer pendant tout le concert, mais comment fait-il ?) tout blancs et qu’il vous fixe de longues secondes durant. Et oui j’étais à une dizaine de mètres de la scène. Musicalement, c’est énorme, très lourd, et peut être un peu sourd par moments. C’est l’excellentissime Dave Grohl qui est à la batterie sur l’album, et personnellement j’aurais bien aimé le voir ce soir. Le batteur du groupe s’en tire quand même avec les honneurs. Une seule guitare (mais avec un tel guitariste, pas besoin d’un deuxième) et un clavier. La basse et le chant (cri, hurlements…) toujours aussi impressionnant de Jaz. La machine est lancée et ne s’arrêtera que de très courts instants entre 2 ou 3 morceaux pour haranguer le public visiblement conquis et impressionné par tant de talents et d’aisance réunis. Jaz fait le méchant mais rigole aussi de temps en temps et ça fait plaisir à voir, c’est cool, ils ont l’air de prendre autant de plaisir que nous. Cette voix venue d’ailleurs, de très loin, ne peut pas être totalement humaine, entendre ce gars là dans la rue et c’est déjà un peu de l’apocalypse qui vous tombe dessus. Dans la fosse le pogo est gentil mais il durera de la première seconde à la fin du rappel. Quelques slams. Et même un gars qui arrive à monter sur scène, le groupe trouve ça cool, nous aussi, mais putain ce qu’il est bien ce concert ! Côté playlist, le dernier album y passe presque entièrement, « Death and Resurrection Show », « Total Invasion », « Asteroid » « Blood on your Hands » et l’excellent « Loose Cannon ». Ils nous ressortent aussi des bons vieux morceaux comme le dansant « Follow the leader ». Alors oui c’est sur, KILLING JOKE ne fait pas de la musique accessible, ils font de la musique qui kick your ass, de la musique qui rappelle à tes tympans qu’on est tous mortels. Le violon, qui était là sur le premier titre, revient sur le dernier titre du rappel. Je n’ai plus le titre de la chanson en tête (eh oh il est 1h du mat et je bosse demain) mais c’est un vieux titre super connu. Le public en redemande. Allez les gars, un deuxième rappel. Mais non ça sera tout pour ce soir. Les lumières se rallument et chacun rentre chez soi. L’Angleterre n’est pas si loin, il va falloir venir plus souvent, messieurs. Et n’attendez pas encore 7 ans pour le prochain album, please. Respect. Je dédie cette critique à Laurent qui essaye de me faire partager sa passion pour ce groupe depuis plus de 10 ans. Merci Lolo, et tu vois ça y est « j’aime Killing Joke » ! Mieux, j’adore. Séb